Article de Stéphane Dupas, Président des Amis de la Terre Côte d´Or

L’écologie, un thème universel ?

Pollution locales, pollutions mondiales. Nous sommes tous concernés. Aussi, pour mieux protéger cette pauvre petite planète, quoi de mieux que d’agir à plusieurs ? Et cela commence pour la rencontre d’acteurs de divers horizons, agissant à leur façon.

Alors, qu’est-ce que ça donne quand deux jeunes femmes décident de faire se rencontrer, lors d’un week-end, de jeunes allemands en service civique écologiques à Mayence en Allemagne, de jeunes français en service civique à Dijon, des jeunes allemands en service civique écologique en Bourgogne, des gens du BUND (Les Amis de la Terre Allemagne) venant de Mayence, et la toute jeune association Les Amis de la Terre Côte-d’Or ?

discoursprésentation2 présentation1

Ca donne des discours de présentation et des présentations des activités respectives.

ferme

Ca donne une visite de terrain, comme la découverte d’une des plus anciennes fermes en agriculture biologique de Bourgogne.

repas

Ca donne des repas chaleureux malgré une météo capricieuse.

Rapidement les échanges et les discussions se sont engagés. Jeunes, moins jeunes, chacun explique ce qu’il sait des thématiques comme l’énergie ou l’alimentation, le nucléaire ou le « bio ». Les niveaux de connaissances sont variés, mais chacun écoute l’autre, via les traductrices qui ont fait un superbe travail.

Voir l´interview du BUND Rheinland-Pfalz traduite en français : http://www.dailymotion.com/video/xyptrz_interview-du-bund-les-amis-de-la-terre-allemagne_news )

Discussions en salle, dans les rues, dans les champs et dans les restaurants. Les langues sont différentes, les connaissances varient, les raisons de sa propre implication varient, mais la défense de l’environnement demeure universelle. Il est plus que temps d’agir, alors autant agir tous ensemble.

Un week-end superbement préparé, jusque dans ses moindres détails. Un week-end qui fait chaud au cœur car on voit une fois de plus que l’on n’est pas seul à agir en faveur de l’environnement. Vive le respect de la nature, tous ensemble, on y arrivera !

Publicités

Visite de Latitude21, la Maison pour l´architecture et l´environnement du Grand Dijon

Le dimanche matin, après une courte nuit nous nous retrouvons pour les dernières activités du week-end.

Nous visitons Latitude21, la structure d´accueil de Christiana que nous avions rencontrée en février.

Christiana-Sebastien

Son chef Sébastien et elle nous expliquent comment le bâtiment a été rénové de manière à consommer le moins d´énergie possible et comment il sert d´exemple pour la Ville de Dijon qui ne produit maintenant que des bâtiments publics ou de logement en basse consommation d´énergie. Ce bâtiment montre aussi que l´on peut vivre confortablement et bien au chaud dans un bâtiment écologique.

Latitude21 Latitude21-2

Latitude21 accueille beaucoup d´expositions mais propose aussi des activités et des des interventions pédagogiques dans les écoles, jusqu´au lycée. Dernièrement, Latitude21 a monté une exposition interactive, qui représente un supermarché pédagogique où les visiteurs devront choisir leurs produits fictifs en fonction de leur emballage. Des volontaires d´UnisCité sont d´ailleurs venus aider à monter les emballages de 90 produits différents.

Après une visite du bâtiment, nous faisons l´évaluation de ce week-end de 3 jours, qui étaient pour beaucoup une toute première rencontre franco-allemande.

eval eval2

fin week end

Nous réfléchissons ensuite en petits groupes à comment garder contact, comment communiquer et comment se revoir pour continuer l´aventure ensemble !

weiter gehentschussgroupe

 

Soirée des volontaires

Après la discussion, nous remercions chaleureusement la grande famille de La Bussière pour leur accueil et repartons en covoiturage à Dijon. Tout le monde a un peu de temps libre pour visiter encore un peu la ville, aller manger des pâtisseries ou discuter de comment se revoir et faire des choses ensemble dans l´avenir.

foin groupe ferme

Nous nous retrouvons ensuite tous au Shanti, un restaurant végétarien à l´ambiance indienne pour un dîner convivial. Après le dîner, les volontaires français ont organisé une soirée dans Dijon pour leurs invités allemands.

shanti2 shanti

Comment promouvoir une agriculture durable ?

Après ce bon repas ensemble, nous mettons les bottes de paille en cercle pour discuter ensemble. Cette fois-ci, toujours dans des groupes mixtes français-allemand et volontaires-Amis de la Terre, nous nous demandons comment nous pouvons dans notre vie de tous les jours participer à rendre l´agriculture plus durable.

discu2

Voilà en gros de quoi nous avons discuté ensemble :

discu3

– Pour promouvoir une agriculture plus durable et manger de bons produits, sains et goûteux, il est mieux de consommer des produits régionaux et de saison qui encouragent l´économie locale.

– En tant que consommateur, il est aussi important pour moi que les produits que je souhaitent soient disponibles en quantités, pour cela il y a aussi des supermarchés bio.

– Il est nécessaire que le consommateur soit protégé en ayant l´information nécessaire lorsqu´il achète un produit, à savoir la traçabilité, la présence d´OGM ou non dans la production, etc.

discu4

– Que puis-je faire personnellement pour manger des aliments plus sains ? Adhérer à une AMAP, faire du Urban Gardening ou participer à un jardin partagé, cultiver un lopin de terre chez un agriculteur voire acheter ce bout de terrain quand c´est possible, sensibiliser ses proches, impliquer les églises et les écoles, remplacer autant que possible dans son alimentation la viande par des protéines végétales et des légumineuses, manifester contre le lobby de l´industrie agroalimentaire…

discu

– Est-ce qu´il vaut mieux privilégier le bio ou le local ? Il est important pour nous en tant que consommateurs de manger bio pour préserver notre santé des pesticides mais aussi pour préserver l´environnement de ces poisons chimiques. La production biologique permet également de créer/sauvegarder beaucoup d´emplois dans l´économie : en fait, les engrais et pesticides permettent de lutter contre les maladies et les mauvaises herbes tout en augmentant la quantité produite. Au final, on a besoin de moins de bras pour cultiver la terre, c´est pour cela que l´agriculture conventionnelle est moins chère dans ses prix.

– En fait, l´agriculture conventionnelle a surtout des coûts indirects : il faut traiter l´eau pleine de pesticides, les problèmes d´hormones et de cancers font augmenter les dépenses de la sécurité sociale, etc.

– Au final, il vaut mieux acheter une tomate bio d´Espagne qu´une tomate issue de l´agriculture conventionnelle locale, car en achetant cette tomate bio, on va créer une demande pour des tomates bio locales.

– Même s´il ne faut pas louer le bio pour le bio puisque les supermarchés bios créent aussi une industrie, il reste plus sain de manger une pizza surgelée bio qu´une pomme issue de l´agriculture conventionnelle. Le problème de la présence de pizza surgelées dans les magasins bio,  ou de cheval dans les lasagnes, c´est que les gens ne savent plus cuisiner…

Sortie campagne : notre journée à la ferme de La Bussière

Le samedi matin, nous nous retrouvons tous après la première soirée passée ensemble. Après le dîner au restaurant, les volontaires allemands sont allés dormir chez les volontaires français qui avaient accepté de les héberger.

ferme2ferme

Malgré les gros nuages gris, nous prenons nos bottes et nos parapluies et partons en covoiturage à Flagey-les-Auxonne chez Félicien et Bernard Krempp. Nous trouvons (enfin!) le chemin de la ferme et dans la grange où sont préparés des paniers bio, Félicien et son père Bernard nous parlent de l´histoire de la ferme. Dans les années 1960, après avoir bien suivi les politiques agricoles intensives de l´après-guerre, le père de Bernard s´est rendu compte que ses sols s´étaient beaucoup appauvris et ne donnaient plus rien. Il allait mettre son affaire en faillite, lorsqu´il a rencontré un généticien et un ingénieur agronome qui lui ont expliqué comment soigner son sol et pratiquer une agriculture durable, plus respectueuse de la microbiologie des sols.

grange

Depuis la ferme de La Bussière pratique de l´élevage et de la culture de légumes biologiques dans le respect des sols : Bernard nous montre les vers de terre dans un champs et nous explique à quel point un animal considéré comme nuisible peut être indispensable à la vie du sol et de l´agriculture.

versdeterreFélicien raconte comment il a mis la main à la pâte à la ferme étant jeune, y a pris goût et a suivi une formation pour reprendre la ferme. Il vit à La Bussière avec sa femme, ses deux filles et Philip, un volontaire allemand. Thelse, aussi volontaire allemande, habite avec Bernard et sa femme Agnès. Ils vivent ensemble comme dans une grande famille au milieu des vaches, moutons et poules.

Félicien nous explique aussi comment fonctionne le système des paniers bio. « De la Terre à l´assiette » n´est pas vraiment une AMAP (Association pour le Maintien de l´Agriculture Paysanne) car c´est une coopérative d´agriculteurs, ils se mettent ensemble pour créer un panier diversifié : La Bussière produit surtout des légumes racines (carottes, panais, etc.), d´autres proposent des fruits… Les clients ont aussi le choix de recevoir leur panier tous les 15 jours au lieu de toutes les semaines, et ne s´engagent pas forcément pour 1 an comme dans une AMAP. Nous allons ensuite ensemble manger le repas que Philip et Thelse nous ont préparé, la soupe et la sauce des pâtes est faite à base des produits de la ferme et nous mangeons ensemble sur des bottes de paille au milieu des vaches !

Philipthelse

table

 

Nucléaire vs. Énergies renouvelables ?

Le premier thème de discussion concernait l´énergie. Les volontaires français et allemands divisés en groupe mixtes devaient discuter ensemble et partager leurs ressentis, leurs opinions sur le nucléaire et les énergies renouvelables.

Voici un résumé de ce qui s´est dit dans les différents groupes de discussion.

– Si on fait l´état des lieux du nucléaire en France et en Allemagne, on s´aperçoit que la France repose à près de 75% sur l´énergie nucléaire, alors que l´Allemagne dispose à 30% de l´énergie nucléaire pour produire son électricité, et essaie de réduire ce chiffre à 20%. Peut être avec la transition énergétique ou « Energiewende » l´Allemagne parviendra à réduire ce chiffre à zéro ? La France se situe davantage dans un « développement sécurisé » des centrales nucléaires, on continue à développer le potentiel de production d´électricité en énergie nucléaire tout en augmentant et vérifiant les normes de sécurité.

– En France, lorsque l´on parle du nucléaire, on présente souvent la situation comme inéluctable, on dit rarement qu´il pourrait en être autrement.

– Il faut surtout travailler ensemble sur une prise de conscience des gens pour changer les mentalités, le changement technique est possible et suivra.

– En France comme en Allemagne on a un potentiel pour des éoliennes sur le Nord du territoire et pour des installations photovoltaiques dans le Sud.

– On pourrait développer davantage le photovoltaique et l´éolien sur la côte Atlantique.

– Les énergies renouvelables, ce sont surtout le photovoltaique, l´éolien et l´utilisation des forces de la nature comme la géothermie par exemple pour faire du chauffage ou produire de l´électricité.

– Toutes les sources d´énergies renouvelables sont-elles bonnes à utiliser ? Et le nucléaire est-il complètement mauvais ?
Le nucléaire ne crée que peu de pollution en termes d´émissions de CO2 mais crée des déchets que nous ne savons pas stocker ni recycler. Les éoliennes ne produisent aussi que très peu d´émissions mais détruisent les paysages, dérangent les oiseaux, obligent à déforester en partie…Il y a aussi des plaintes d´habitants sur le bruit et les conséquences pour la santé des ultrasons produits par les éoliennes, bien qu´aujourd´hui l´installation d´éoliennes près des habitations soit réglementée à 500-800m de distance de sécurité. Les panneaux photovoltaiques ont également encore difficiles à recycler. Au final, si on regarde sur le long terme, les énergies renouvelables nous permettent de moins polluer, et peut être saurons nous bientôt recycler le siliceum des panneaux photovoltaiques et régler les éoliennes pour qu´elles ne heurtent pas les oiseaux. Il faut parfois choisir entre le principe de précaution et l´action pour l´environnement et le climat.

– Est-ce que l´on peut encore croire dans le progrès technique ou devons nous réduire drastiquement nos consommations d´électricité et « revenir en arrière » ? Après tout, toutes ces machines qui nous sont aujourd´hui indispensables ne sont-elles pas un besoin que nous avons socialement construit ?

– Le scénario Negawatt est une théorie qui suggère de rechercher une sobriété et une efficacité énergétique en même temps que de développer les renouvelables. D´un côté la mission des jeunes d´UnisCité est très importante pour aider les gens à changer leur comportement de gaspillage des ressources, mais la technique peut aussi nous aider à développer des habitations en basse énergie avec par exemple des éclairages LED performants, etc…

– D´un côté il faut continuer à faire pression sur les politiques (c´est le travail du BUND et des Amis de la Terre par exemple) mais il faut aussi faire changer nos actions individuelles. Qu´est ce que je peux faire en tant qu´individu ? Éteindre les lumières quand je quitte une pièce chez moi, participer à la mission de Mediaterre, changer de fournisseur d´électricité pour un fournisseur qui produit de l´électricité à partir de renouvelables, éviter la voiture (l´Agence de l´Énergie de Rhénanie-Palatinat où travaillent David et Fabian proposent des prix à celui qui aura économisé le plus de kilomètres sans prendre la voiture pendant une semaine)…

– Il faut cependant rester dans une démarche de pédagogie pour que nos proches nous suivent dans nos économies d´énergie au quotidien, car la culpabilisation ne fonctionne pas bien comme stratégie de communication.

Visite de la ville de Dijon et du café solidaire et équitable Caf& Co

Après avoir un peu appris à ce connaître et avoir identifié son partenaire de tandem,  c´est à dire la ou les personnes que l´on va accueillir chez soi ce soir, nous partons ensemble visiter la ville. Ce sont les volontaires UnisCité qui ont préparé cette vistite guidée passant par le vieux théâtre, la place Rude, la boutique Maille qui nous offre une dégustation, l´Hôtel des Postes, le passage Darcy et le parc où trône la statue de Pompom.

Nous nous retrouvons tous autour des petites tables du Caf& Co, un café un peu spécial.

Miriam, la volontaire allemande que nous avions rencontrée en février travaille ici. Avec son chef Franck, ils nous présentent l´histoire et la philosophie du café. Monté par 2 étudiants, le café a été rénové et aménagé avec des matériaux de récupération et fonctionne sur un système associatif. Miriam et les bénévoles servent et proposent à l´achat des produits pour la plupart bio et/ou issus du commerce équitable. Le Caf&Co participent à des campagnes de collecte solidaire pour des projets de développement ou des associations de personnes handicappées.
Le lieu est beaucoup fréquenté par des jeunes ou des familles, aussi grâce aux activités proposées. Les bénévoles animent tour à tour des atelier guitare, atelier couture ou des cafés linguistiques.

Le café étant très agréable pour animer des discussions, c´est ici que nous avons organisé notre première discussion entre jeunes et membres des Amis de la terre, France et Allemagne mélangées.

L´arrivée à la Maison de Rhénanie-Palatinat

Après presque 5 heures de minibus, les volontaires allemands et les membres du FÖJ-KUR et du BUND arrivent enfin à Dijon ! Un petit goûter y a été organisé pour nous et nous faisons connaissance les uns des autres.

Madame Elisabeth Biot, l´adjointe déléguée de la ville de Dijon aux questions internationales et à la propreté de la ville ne peut malheureusement pas se joindre à nous, mais un journaliste du Bien Public vient nous interviewer.

Il vient comme nous écouter les différentes présentations de chacun. Till Meyer et Ulrike Krink présentent la Maison de Rhénanie-Palatinat : cette maison accueille des expositions, des conférences, des cours et permet surtout des rencontres entre français et allemands.

Jochen Frey présente ensuite le FÖJ-KUR qui a co-organisé le projet avec Christine Albrecht, Monika Weber-Lieser et Bertille Kapela.  Cette organisme organise non seulement l´année de volontariat pour l´écologie (FÖJ) pour les allemands en Allemagne, mais organise également des volontariats pour des français en Allemagne et pour des allemands en France. Alexandra Lafont, éco-volontaire française en Allemagne chez le BUND fait partie de ce programme et co-organise à ce titre le projet avec Bertille cette année.

C´est maintenant au tour des volontaires français d´UnisCité de présenter leur mission. Ils travaillent auprès des familles des quartiers des Grésilles et de Talant à Dijon pour les aider à apprendre des éco-gestes. Ces éco-gestes leurs permettent de réduire leurs factures (eau, électricité) mais aussi de consommer moins de ressources et de produire moins de déchets. Ils organisent également des collectes solidaires pour lutter contre le gaspillage alimentaire et la surconsommation : avec les Restos du Coeur, la Banque Alimentaire et Emmaüs, ils ont participé à une collecte alimentaire et une collecte de jouets.
UC

Les volontaires allemands présentent chacun leurs lieux de mission : travail dans un jardin aromatiques, sur une ferme, à l´agence régionale de l´énergie, dans une association pour l´ornithologie, dans une administration pour la sensibilisation à l´environnement…

FÖJ

Enfin, le BUND et les Amis de la Terre Côte d´Or, branche de la même organisation internationale Friends of the Earth présentent leurs activités. Le BUND allemand a déjà beaucoup d´expérience puisqu´il va fêter cette année ses 40 ans d´existence. Il dispose également de beaucoup de ressources venant principalement des adhérents et des dons. Avec une structure de démocratie directe, les groupes locaux de bénévoles font remonter leurs idées jusqu´au conseil d´administration et à partir des groupes de travail et du travail des experts, le bureau régional crée des campagnes sur différents thèmes. Quelques thématiques sur lesquelles travaille le BUND : l´eau, la transition énergétique, la protection de la biodiversité.

BUND

Les Amis de la Terre Côte d´Or viennent de former leur groupe en juillet 2012 à partir de bénévoles membres de différentes associations dijonnaises (Sortir du nucléaire, l´Association dijonnaise pour les énergies renouvelables, etc…). Ces bénévoles ont déjà participé à des actions contre la publicité à Dijon, pollution visuelle et incitation à la surconsommation, ils ont manifesté à la grande chaîne humaine contre le nucléaire à Paris en mars, ils font circuler une pétition contre les pesticides dans les espaces verts municipaux. Voici leur site Internet pour plus d´infomations : http://www.dijon-ecolo.fr/